Camille Brune a bu et a écrit un roman blanc
Le jeune est allé au Lycée professionnel, s’est retrouvé entouré de mecs aussi paumés que lui, certains plus vieux, puis a ramené la liste des affaires à acheter. Il n’y est plus retourné. Sa mère touche la bourse, il faut qu’il fasse l’année entière, on n’est à peine aux vacances de la Toussaint. Bilal ne veut pas y penser. Il passe ses journées devant le supermarché, juché sur une rambarde à regarder l’immense parking, les gens qui arrivent, des personnes seules, des couples, vieux, enfants, malades, des familles entières, des habitués, des revenants. Des femmes belles passent, en sépia, en super-huit, des hommes et des mômes dans le blanc des absences, ou dans des airs exaspérés, du Mistral dans les jambes, Cinecitta, c’est l’aéroport et, pour Bilal, comme de retourner au Lycée et penser que l’on deviendra docteur. Le soir vient comme un couteau ébréché, les enseignes rouges flamboient, le ciel s’étale dans une grande flaque d’essence jusqu’à rejoindre les tours et les barres, convoquant un horizon de briques et de débris. Ses épaules s’alourdissent, l’air est plus frais, l’espace d’une beauté pure mais son cœur frémit. Rentrer chez les parents, trainer sur son phone tout en mangeant, fumer le dernier, jouer à la Play et essayer de pioncer. Il lève ses yeux noirs sur les flammes du soir, sans espoir et sans vraiment de désespoir. Il regarde les gens.